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Gypaète barbu:

Les Alpes retrouvées


Disparition

C’est "officiellement" en 1913 que ce superbe vautour a disparu des Alpes, suite à une éradication systématique par la chasse au trophée et l’empoisonnement des grands carnivores. Si sa répartition au niveau mondial est importante, elle est actuellement presque partout en régression, ce qui fait planer une ombre sur sa survie. Les scientifiques distinguent actuellement 2 sous-espèces.

La première, Gypaetus barbatus meridionalis, occupe l’Afrique du sud et de l’est. Dans plusieurs pays, elle a disparu récemment et la population doit compter environ 1500 couples. La sous-espèce indo-européenne, Gypaëtus barbatus barbatus, se rencontre dans les Pyrénées (surtout en Espagne), où il y a 105 couples nicheurs. Une dizaine de couples en Corse, 5 à 10 couples en Crète, et actuellement 4 couples reproducteurs occupent les Alpes. Cela fait entre 124 et 129 couples nicheurs pour l’Europe. On en rencontre encore en Turquie, en Asie Mineure, dans le massif de l’Himalaya et jusqu’en Mongolie.


Protection

En 1887, une demande de protection du gypaète avait été adressée, sans succès, par les responsables de la section forestière du département ”Commerce et Agriculture” des Grisons.

Cette demande était trop tardive et le dernier couple des Grisons s’est reproduit pour la dernière fois en 1891. Le dernier oiseau observé en Suisse est signalé à Finhaut en Valais en 1898. Suite à sa disparition, de nombreuses voix se font entendre pour protester et demander sa réintroduction.

En 1922 déjà, le suisse Carl Stemmler essuie un refus. Il faut attendre 1972 pour qu’une équipe inspirée de Robert Hainard reprenne le flambeau. Une expérience de lâchers d’oiseaux capturés est conduite de 1973 à 1978 mais elle se solde par un échec. Sans doute les oiseaux repartent chez eux, du Caucase à l’Himalaya plutôt que de s’établir dans les Alpes.


Reproduction en captivité

De 1973 à 1977, un couple de gypaètes se reproduit en captivité à l’Alpenzoo d’Insbruck (A), ce qui inspire un nouveau projet basé sur la reproduction en captivité et le lâcher de jeunes oiseaux.

En 1978, un symposium a lieu à Morges (VD) il est décidé d’unir les efforts des différentes équipes à travers l’Europe. Quatre coordinateurs sont nommés, dont Paul Géroudet et Maarteen Bijleveld . Dix-sept zoos (dont La Garenne), 4 pays et 10 organisations de protection de la nature coopèrent. Les bases du programme actuel sont posées.

La Garenne héberge un couple depuis 1972.
Les deux oiseaux sont arrivés en plumage immature et l’on estime qu’ils sont nés en 1968. Il faut attendre 1978 pour se rendre compte, d’après une analyse en laboratoire, qu’il s’agit de deux mâles. Un échange est organisé et le couple est formé. Ils portent les codes BG34 pour le mâle et BG35 pour la femelle, née en 1963. Dès le premier hiver, des accouplements sont observés. La femelle pond deux œufs et les couve. Les poussins naissent au printemps 1979 mais meurent. En 1980, c’est le succès: deux œufs sont pondus, l’un est laissé aux parents, l’autre est mis en couveuse. Ils donneront deux poussins.

Descendant
Date de naissance
Sexe
Destinée
BG 40
2.2.1980
F
Wuppertal (D)
BG 41
8.2.1980
F
Sierra de Cazorla (E)
BG 47
29.1.1981
M
San Diego (USA)
BG 48
2.2.1981
M
Mort à Tel Aviv (ISR)
BG 54
1.2.1982
F
Haute-Savoie (F)
BG 60
8.1.1983
M
Goldau (CH)
BG 66
20.1.1984
M
Tel Aviv (ISR)
BG 67
20.1.1984
M
Mort à Poznan (PL)
BG 76
24.1.1985
F
Wassenar (NL)

Gypaète Barbus
Gypaète Barbus

Réintroduction

Gypaète BarbusEn 1986, les lâchers de jeunes commencent en Autriche. Cette année-là, nos gypaètes ne se reproduisent pas. En 1987, un nouveau jeune, BG96 sera désigné pour être lâché au Rauris (A), cette femelle sera baptisée Nina. Elle sera tuée par un braconnier en France le 1er août 1993.

En 1989, une nouvelle femelle sera désignée pour un lâcher en Haute-Savoie, c’est BG111, nommée Assignat.

Ce jeune oiseau a donné quelques soucis aux responsables du programme, elle ne s’est pas très bien développée, volait peu. A tel point qu’il a été envisagé de la recapturer pour la mettre en volière ! Ce projet n’a pas été réalisé, heureusement, comme nous le verrons plus loin. Hans Frey, responsable de la partie reproduction en captivité du programme de réintroduction.

Ici avec BG 111 « Assignat » lors du lâcher en Haute-Savoie en 1989.



Notre couple captif marque alors une pause dans la reproduction.

Il faudra attendre 1994 pour qu’une nouvelle femelle naisse, BG214 ou Jackpot, lâchée au Rauris, elle est morte l’année suivante. En 1995, c’est la femelle BG231 qui sera placée à Goldau mais mourra 4 ans plus tard. Cette année sera aussi celle du drame de la disparition de notre femelle, retrouvée morte dans sa volière le 29 août. Elle était âgée de 32 ans et mère de 13 Gypaètes. Les responsables du programme de reproduction mettent aussitôt une jeune femelle à notre disposition.

C’est BG130, née en 1990 au zoo de Berlin-Est.

Il faudra de la patience pour que notre vieux mâle et cette jeune femelle s’entendent et acceptent de former un couple. En 1997, pas de reproduction à La Garenne, mais une grande nouvelle dans la nature : Le premier jeune est né est liberté.

Devinez qui est sa mère : Assignat ! L’oiseau "mal adapté". Elle a le mérite d’être la première femelle a avoir élevé avec succès un jeune en nature dans les Alpes après un siècle d’absence. Il est baptisé Phoenix Alp Action et est né le 11 avril, près de l’endroit où sa mère a été lâchée. Notre mâle doit certainement être fier de ce descendant. En tout cas, toute l’équipe de La Garenne en est heureuse.

Il est désigné comme BGW01 (BG pour gypaète barbu en anglais, W pour wild ou sauvage et 01 car il est le premier).

Cette année heureuse a été entachée par le tir aussi stupide qu’illégal d’une femelle sub-adulte en Valais. Elle aurait pu être la première femelle reproductive de Suisse. En 1998, notre nouvelle femelle comprend à quoi peut bien servir un mâle et pond son premier œuf. C’est le mâle qui s’occupera de toute la couvaison et de l’élevage du poussin. La femelle observe, apprend. BG299 sera lâché au Parc National Suisse sous le nom de Guildo. Dans la nature Assignat ne reste pas les bras croisés. Elle élève son second jeune, Dominique ou BGW03. C’est le troisième jeune né en liberté.

En effet, un second couple s’est mis à nicher en Italie, près de la frontière Suisse.
Ils élèvent Stelvio, BGW02. 1999 verra la naissance de Veronika (BG321) à La Garenne.

La femelle assume la couvaison et une part du nourrissage Veronika est lâchée au Parc National Suisse. Dans la nature, la saison est mauvaise avec un printemps long à venir, beaucoup de neige et de pluie. Seul le couple expérimenté Assignat et Melchior en Haute Savoie arrivera à élever un jeune. C’est BGW04 ou Rhonealp. Un troisième couple a tenté de nicher.

En 2000, La Garenne libère Georg, BG355 dans le Seebachtal en Autriche. Dans la nature, trois jeunes naissent en Haute-Savoie (1) et en Italie (2). Un quatrième couple échoue sa reproduction en France.



Présentation au public et marquage de BG 374 lors de son départ de La Garenne le 6 juin 2001. Il sera lâché le lendemain au Parc National suisse dans les Grisons sous le nom de Roseg.
Gypaète Barbus

La mère, BG 130, et le jeune,BG 374, encore au nid juste avant le marquage.
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